Pratiques bienveillantes

Gestion des émotions : la bouteille de retour au calme

Vous le savez peut-être mais, les colères font partie du développement normal de l’enfant. Il grandit, il évolue et découvre tout ce qu’il est capable de faire désormais seul. Son autonomie se construit et il affirme sa personnalité. Face à une situation déplaisante, il arrive qu’il se sente soudainement envahi par des sensations physiques éprouvantes qu’il ne connait pas et ne sait pas maitriser : la crise est là. Les cris, les pleurs, les gestes incontrôlés…. A cet instant, l’enfant est dans sa bulle et en tant qu’adulte ou parent, on peut se sentir dépassés voire démunis.

Dans cet article, je vous présente deux petites astuces, dont un outil qui fait des petits miracles depuis que nous le proposons à Lila pour l’aider à gérer la colère.

1. Les mots : verbaliser les sensations en lien avec les émotions

En tant qu’adulte, lorsque quelque chose ou quelqu’un nous a contrarié, énervé, stressé; ou encore lorsque notre intégrité physique ou émotionnelle est menacée… Ça bouillonne en nous, notre rythme cardiaque s’accélère, notre respiration devient plus rapide, on a chaud, les yeux froncés, les mâchoires serrées, on ressent un poids sur la poitrine… On explose, on hausse le ton… on crie…

On ressent de la colère, c’est certain!

Nous savons la reconnaitre (pas toujours la maitriser… mais c’est un autre sujet). C’est une évidence, pour nous oui ! Mais pas pour notre jeune enfant. Pourtant, lui aussi ressent ces diverses sensations… Elle ne sont déjà pas très plaisantes ni agréables, alors si en plus elles sont inconnues… Imaginez un peu comme elles doivent sembler terrifiantes !

« Pourquoi je me sens comme ça soudainement? Cet état va-t-il durer longtemps? »

J’ai toujours pensé que l’enfant pouvait inconsciemment se poser ces questions. C’est pour cette raison que les mots sont importants et rassurants.

Anecdote / Mise en situation

Il y a quelques temps, Lila frôlait la crise d’hystérie lors de situations courantes telles que les moment où nous étions obligés de l’interrompre dans ses activités pour faire ce que nous sommes tenus de faire au quotidien (changer sa couche, mettre son pyjama, prendre un bain, passer à table…)

Depuis toujours je prends soin d’annoncer avec un peu d’avance les choses pour qu’elle sache à quoi s’attendre. Le moment venu, je lance une sorte d’invitation : « Il est temps de passer à table, tu acceptes de venir? Tu pourras reprendre ton occupation juste après ».

Mais malheureusement, quelle que soit l’invitation, la première réponse est toujours la même : « Non! » Le plus souvent, j’insiste un peu pour obtenir la coopération de Lila mais cela se solde souvent tout de même par un échec. Je finis par « contraindre » Lila de faire les choses, et c’est la crise !

Au tout départ, sans réfléchir, par réflexe, par habitude, ou par bêtise… Je me retrouvais à dire: « Oh bah si! Il faut faire ceci… Allez ça va aller calme-toi! » Mais la crise durait….

Et puis un jour j’ai essayé autrement. J’ai transformé mes paroles, je l’interrompais toujours dans son activité mais je lui expliquais que c’était bien normal de se sentir en colère dans ces moments-là.

« Je comprends ta réaction. Tu n’es pas d’accord. Tu voudrais continuer à jouer. Ce n’est pas agréable d’être interrompue. Tu te sens très énervée, cela bouillonne en toi. Ce que tu ressens s’appelle la colère! C’est pour cette raison que tu cries, que tu pleures. C’est normal de sentir tout cela. Il est important que l’on fasse …. là maintenant tout de suite, alors nous allons essayer de faire vite pour que tu puisses reprendre ton activité d’accord? Ce que tu ressens ne va pas durer, tu vas retrouver ton calme, je suis là pour t’aider. Ne t’inquiète pas. »

Dès lors que j’ai adopté cette posture empathique, en me mettant à sa place, en lui décrivant ce qu’elle ressentait et en lui expliquant que c’était dû à telle ou telle raison, les crises ont diminué. Alors évidemment cela ne les évite pas mais elles sont moins fortes et surtout durent moins longtemps.

Les mots sont de l’or… On ne pense pas toujours à tout verbaliser, on ne sait jamais trop ce que comprend vraiment notre enfant, notre bébé…

Il comprend tout, il entend tout et même s’il ne dit rien, cela lui fait du bien!

2. Un outil pour « passer sa colère » et s’apaiser

Selon moi, la colère peut être assimilée à une espèce de trop plein d’énergie soudain qu’il faut décharger.

Je me suis longuement questionnée à ce propos. Comment aider mon enfant à s’en délester? Est-ce que je lui propose d’aller taper dans un coussin, d’aller frapper à tel endroit pour « passer ses nerfs »? Je me suis demandée si la colère devait être forcément associée à de la violence, des coups…. Alors oui, il y a une forme de violence dans la colère. Mais pour autant, je ne souhaite pas la systématiser. J’ai cherché à faire autrement.

J’ai réfléchi à mettre en place un outil qui permettrait à Lila de se débarrasser de ce trop plein d’énergie soudain puis de l’aider à retrouver son calme. Et j’ai pensé à une bouteille d’eau et des paillettes !

En fait c’est en songeant aux boules à neige que les enfants aiment secouer plus ou moins vigoureusement, avant d’être captivés par la beauté des flocons artificiels qui retombent doucement, que j’ai été inspirée.

J’ai voulu essayer.

Cet outil nécessite vraiment très peu de matériel :

  • une petite bouteille 50cl remplie d’eau (un format 50 cl est adapté, le contenant est facile à manipuler pour les petites mains des enfants, elle est aussi suffisamment lourde et sollicite un peu de vigueur)
  • des paillettes décoratives (j’ai trouvé les miennes chez Cultura, mais il y a beaucoup d’autres magasins qui en proposent).
  • éventuellement un point de colle pour bien sceller le bouchon de la bouteille : ce serait dommage qu’elle s’ouvre en pleine crise…

C’est tout !

Une fois la bouteille réalisée, je l’ai montrée à Lila. Elle l’a touchée, secouée, observée. Je lui ai expliqué que c’était une bouteille pour l’aider à gérer ses émotions, qu’elle pourrait l’utiliser quand elle se sentirait énervée, que je lui montrerai comment à ce moment-là.

Je l’ai ensuite déposée dans la panière dédiée à la colère dont j’aurai l’occasion de vous reparler.

Et le jour de la colère est arrivé! A cette période-là, Lila manifestait son mécontentement par des envies de taper un peu partout. Frustrée par quelque chose, elle s’approchait de moi pour me taper. Alors je lui ai proposé d’utiliser la bouteille.

Avec des paroles telles que : « Je vois bien que tu te sens énervée, tu ressens peut-être de la colère! Tu ressens tout cela parce que …. ! Tiens tu peux prendre cette bouteille et la secouer !!! Très fort ! Très fort !!!! Grrrrr !!! »

Je l’ai encouragée à dépenser ce trop plein d’énergie pour secouer cette bouteille. Puis je lui ai dit : « Tiens! Regarde les paillettes comme elles retombent doucement, tranquillement… » Je me suis mise à respirer profondément, l’incitant à m’imiter. J’ai verbalisé : « Toi aussi tu peux retrouver ton calme, ta tranquillité, comme ces jolies paillettes ».

Jusqu’à présent, je vous l’assure, c’est un sans faute ! Cela marche à tous les coups!

Lila a vraiment assimilé l’énervement, la colère, à ce besoin de secouer la bouteille à paillettes.

Et pour tout vous dire, il n’y a pas si longtemps, j’ai ressenti de la colère moi aussi, je me suis énervée et j’ai même crié. Lorsque Lila assiste à des moments comme celui-là, je prends le temps de lui expliquer que cela n’a rien à voir avec elle, que je me suis énervée, que cela arrive aux adultes aussi bien évidemment.

Ce jour-là, Lila m’a regardé avec un petit air d’empathie et a dit « Maman, énervée, faut secouer la bouteille! »

Depuis, je ne vous l’ai pas dit, mais je songe à me fabriquer une bouteille moi aussi 😉

Enfin, si vous faites partie de ceux et celles qui se demandent si nous trimballons cette bouteille avec nous quand nous sortons pour prévenir une éventuelle crise en dehors de la maison. Sachez que pour l’instant ce n’est jamais arrivé. Mais comme il ne faut jamais dire jamais, j’ai récemment proposé à Lila un outil supplémentaire facilement transportable. Je vous en parlerai dans un prochain article sur le thème des émotions 🙂

J’espère que cet article vous a plu. N’hésitez pas à partager avec moi dans les commentaires vos petites idées pour gérer les émotions de vos enfants. Je serai ravie de vous lire !

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